Je viens de retrouver une petite note de lecture en classant mes fichiers, rédigée principalement à partir TSAHAL (van Creveld), Elusive Victory (Dupuy), et The Israeli Army (Luttwak et Horowitz). Trois bonnes références sur l’histoire des FDI et leur culture militaire. Avec un ordre de bataille solide, cela devrait plaire aux fanas mili -voir aux wargamers.
Pour un texte complet sur la genèse des FDI, voir l’incontournable Razoux – lui aussi une référence sur les mêmes thèmes. Hat Tip Theatrum Belli
L’influence de la Haganah et des formations affiliées sur la culture militaire des FDI
La Hashomer fut créée Avril 1909. Il s’agit de la première organisation de défense formée par les Juifs de Palestine. Organisation secrète et très élitiste chargée de protégée les villages juifs, elle formait d’avantage une bande qu’une véritable armée[1]. La Hashomer ne compta que quelques centaines de membres à son apogée[2]. Sa principale caractéristique, au regard de son influence sur les futures FDI fut un esprit tout particulier : les membres de la Hashomer considéraient la voie des armes comme un moyen de substituer à l’image du « Juif errant » celle d’un nouveau type d’homme, guerrier, courageux et entreprenant. Cette détermination à combattre, à assurer la défense de son pays et la protection des siens restera un trait caractéristique du soldat israélien[3].
La Haganah fut créé en Décembre 1920. L’objet de cette organisation fut de rassembler les divers groupes de défense locale en une grande milice[4]. La communauté juive de Palestine (Yishuv), confiante en la volonté et la capacité de la Grande-Bretagne à garantir sa sécurité, considérait la Haganah comme l’équivalent d’une force territoriale destinée à réagir rapidement à une menace et non à se substituer aux forces de sécurité britanniques[5]. Contrairement à la Hashomer, la Haganah n’était pas une organisation élitiste mais une milice, elle était née d’une décision de créer une armée juive capable d’assurer la sécurité de la Yishuv[6]. Cette organisation était caractérisée par un penchant marqué pour l’individualisme, rendu nécessaire par la faiblesse des moyens, l’isolement des colonies et l’absence d’un réseau de télécommunication[7]. Ainsi, jusqu’en 1929, la Haganah fut pour l’essentiel un réseau de milices locales sous contrôle direct d’une administration locale[8]. En 1929, un premier pas fut effectué vers une centralisation de ces milices avec la création d’un embryon d’état-major, le « quartier-général politique suprême paritaire » qui remplaça un Comité Central de la Haganah au pouvoir tout nominatif.[9]
En 1937, une nouvelle réorganisation prend place. Un commandement centralisé est établit (Commandement national)[10]. Un département fut créé pour assurer l’entraînement des unités de la Haganah et pour planifier l’action de celles-ci au niveau national. Un réseau de télécommunication fut établi au moyen de radios et la Haganah fut réorganisée sur 20 régions, 17 rurales et 3 urbaines[11]. L’organisation de la Haganah reste clandestine et l’essentiel des membres de celle-ci font parti des kibbutzim.[12]
Une unité toute particulière, la Nodedet (Patrouille) est mis en place durant l’été 1936 à partir de volontaire de la Haganah de Jérusalem.[13] L’objet de cette unité est l’embuscade des guérillas arabes. Il s’agit d’une formation de petite taille et très mobile. Son existence fut éphémère mais témoigne d’une volonté de la Haganah de se doter d’un instrument armée mobile, capable non seulement d’entrer en action sur un point ou un autre du territoire juif mais aussi de prendre l’initiative des engagements avec les bandes arabes. Cette orientation vers la création d’unités mobile prit par la suite beaucoup plus d’importance. Au début de 1937, la Grande-Bretagne créer la Jewish Settelment Police. Des membres de cette police sont engagés dans une nouvelle unité sur le format de la Nodedet, la FOSH. L’unité devait atteindre le millier d’homme en 1938[14]. Il devait s’agir des premières forces mobiles des forces armées juives. Ces « compagnies de campagne » devaient être capables d’intervenir n’ importe où en Palestine.[15] L’objet de celle-ci était la traque et l’interception des maraudeurs arabes avant que ceux-ci n’atteignent les colonies juives ainsi que l’attaque de leurs bases.[16] La FOSH est dissoute entre Avril 1939[17]. En Juillet 1938, la Grande-Bretagne créée les Special Night Squads à partir de membres de la Haganah officiant dans la Jewish Settelment Police et de soldats britanniques. L’unité est fondée pour la lutte contre le sabotage par les arabes de installations pétrolières britanniques. Elle est utilisée pour le combat de nuit, pour des raids commando et dans le cadre d’une stratégie de défense active[18]. Ces unités devait apporter à la Haganah un esprit offensif qu’elle ne possédait pas jusqu’à lors[19]. Les Special Night Squads devaient préfigurer les doctrines des FDI et furent le vivier des principaux chefs de la Haganah, les deux groupes formées accordait une préférence aux actions offensives menées rapidement avec une puissance de feu maximum et à la surprise.[20]
Entre 1939 et 1940, la Haganah connaît une troisième grande mutation. Un chef est nommé à la tête du « quartier-général politique suprême paritaire », devenant de fait un véritable ministre de la Guerre et le système de régions fut réorganisé autour de 7 grandes régions prenant en charge les 20 régions existantes. En septembre 1939, un état-major est créé. Il couvre quatre départements (Départements Technique, Organisation et Planification, Entraînement et Instruction, Contrôle)[21]. En 1940, la Haganah est réorganisée autour d’un corps mobile permanent (HISH) comprenant les plus jeunes et les mieux armés des membres de la milice. Ce corps est supposé être mobilisable en un bref laps de temps. Parallèlement au HISH, une autre organisation rassemblant les hommes plus âgés et moins bien armée est crée : le HIM.[22] La Haganah se transforme progressivement en une véritable armée. Le 15 Mai 1941 une nouvelle organisation militaire permanente est créé : la PALMACH. Les 9 première compagnies furent formée durant l’été 1941[23]. En novembre 1942, les 11 compagnies et 6 compagnies de réserves de la PALMACH sont organisées en 4 bataillons[24]. Les commandants de compagnie de cette nouvelle organisation furent choisit parmi les anciens de la Nodedet, des Special Night Squads et des FOSH. PALMACH fut à l’origine destinée à combattre les Allemands, dans l’hypothèse ou la Palestine devait être évacuée par les Britanniques, et deux compagnies participèrent à l’invasion de la Syrie, en Août 1941 avec les forces Britanniques[25]. Cette organisation peut être considéré comme un mouvement de jeunesse armé[26], ses membres alternaient travail dans les kibbutzim et entraînement militaire[27]. PALMACH était élitiste mais paradoxalement très égalitaire dans ses rangs: les grades était fonction de la tâche et non de la personne, les officiers ne bénéficiaient pas de privilèges matériels et la discipline était très lâche.[28] L’entraînement insistait sur la cohésion, le leadership et l’initiative et tentait ainsi de compenser le manque d’armes lourdes et la petite taille de l’organisation par une attention particulière à la mise en valeur des ressources humaines.[29] PALMACH créa aussi les premières unités navales et aériennes de la communauté juive. Cette organisation devait être la source des principaux leaders des FDI et la base de ses doctrines fondamentales. PALMACH sera dissoute le 7 Octobre 1948, à l’issu de la Guerre d’Indépendance.
En l’espace d’une vingtaine d’années, la Haganah passe d’un assemblements de milices locales à une véritable armée clandestine. Elle évolue vers une structure plus centralisée et plus professionnelle. Les unités de combat s’orientent vers une mobilité plus importante, prennent l’initiative des combats et développe un esprit très offensif. Trois types de force compose la Haganah : les milices, HIM et CHIM, descendante de la Hashomer ; les guérillas et les forces mobiles, la Nodedet puis les FOSH et les Special Night Squads, PALMACH ; et enfin les éléments réguliers, soit les membres de la Jewish Settelment Police (Notrim) et les volontaires juifs ayant combattu pendant la Seconde Guerre Mondial sous l’uniforme britannique[30].
TSAHAL est donc née à partir d’une armée de milices, portée sur l’action clandestine et dont les éléments mobiles adoptèrent une structure et des méthodes de type guérillas. La part des troupes régulières, ayant suivit un entraînement militaire poussé puis servit dans une armée organisée sur le modèle occidental, est faible. Ces éléments vont jouer pour beaucoup dans la culture militaire de la future Force de Défense Israélienne. La structure milice, et le lien étroit entre force armée et population, vont préfigurer le système de réserve tout particulier des FDI et, si il ne s’agit pas d’un facteur exclusif, cette structure va contribuer à façonner la perception de la guerre par le peuple israélien. La milice est effectivement la population en arme, dans le cadre d’une guerre cela implique un investissement total de cet acteur dans la conduite de celle-ci. L’influence des organisations clandestines sur les FDI peut être compris au niveau d’une tradition du secret et de la maîtrise de l’information au sein de la Force de Défense Israélienne.[31] Le rôle du renseignement est ainsi concentré entre les mains des militaires, ces derniers n’ont pas de compte à rendre aux autorités civiles et traitent directement avec le Premier Ministre, par l’intermédiaire d’un Ministre de la Défense au pouvoir limité sur les questions militaires. La censure est de même très puissante.
La Haganah fut divisée essentiellement en deux groupes armés distincts, les forces immobiles (HIM) et les force mobiles (HISH, PALMACH et leurs prédécesseurs, Nodedet, S.N.S et FOCH). Ces dernières furent à l’origine des forces de guérillas, très entreprenantes et portées sur l’offensive.[32] Les FDI conserveront une distinction entre une force territoriale, chargée de la défense des colonies, et une force de campagne en charge des opérations militaires. Cette dernière conservera à son tour l’esprit offensif et le caractère entreprenant des premières forces mobiles de la Haganah.
L’influence de PALMACH sur les futures FDI est considérable. Elles retinrent de la PALMACH une orientation sur le leadership et le moral plus que sur la capacité matérielle. La qualité devait être recherchée faute de pouvoir assurer la quantité. L’éducation des officiers reposait ainsi sur la culture de l’initiative et sur le développement du leadership, l’importance de la motivation et la liberté accordée au combattant dans l’action militaire restèrent une part importante de la doctrine israélienne. TSAHAL retint de la PALMACH une combinaison d’affirmation de la personnalité et d’un leadership par l’exemple. Elle retint aussi une attitude particulière du corps des officiers se considérant comme les garants de la sécurité de la communauté sur le modèle de la chevalerie européenne. Cette attitude, un mélange d’arrogance, de pugnacité et d’agressivité sera un déterminant des futures F.D.I.
[1] Creveld, p.33 et p.39
[2] Lutwak et Horowitz, p.6
[3] Creveld, p.39
[4] Lutwak et Horowitz, p.8
[5] Ibid, p.11
[6] Creveld, p.47
[7] Ibid, p.64
[8] Dupuy, p.3
[9] Ibid, p.4
[10] Luttwak et Horowitz, p.11
[11] Dupuy, p.4
[12] Luttwak et Horowitz, p.11
[13] Ibid, p.13
[14] Ibid, p.13
[15] Ibid, p.11
[16] Creveld, p.75
[17] Dupuy, p.6 donne Février 1939 pour la date de dissolution de la FOSH.
[18] Luttwak et Horowitz, p.15
[19] Ibid, p.16
[20] Creveld, p.73
[21] Dupuy, p.5-6
[22] Luttwak et Horowitz, p.17
[23] Ibid, p.20
[24] Dupuy, p.7
[25] Ibid, p.7
[26] Luttwak et Horowitz, p.21
[27] Creveld, p. 85
[28] Ibid, p.88-89 et Luttwak et Horowitz, p.21
[29] Luttwak et Horowitz, p.21 Un slogan de l’unité disait ainsi que « La plus petite unité est l’homme et son fusil. », Ibid, p.61
[30] 20.000 volontaires servirent dans l’armée Britannique. Dupuy, p.6
[31] Luttwak et Horowitz, p.15 et van Creveld, p.175-176
[32] Luttwak et Horowitz, p.61