Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘Doctrine’ Category

Israel is Seeking to Achieve ‘Land Dominance’ in the Battlefield

Addressing the call for better maneuverability, the IDF Plans to Increase Land Forces Survivability

How Should Israel Reinstate its Land Maneuver Capability?

Precision Attack is Transformational for the Ground Battle

Defense-update a mis en ligne un petit dossier sur une conférence tenue le 17/09 qui réunissaient quelques personnalités des FDI et particulièrement du Mazi. L’objet de la conférence était une prospective tactique sur la manœuvre terrestre.

Les FDI , avec leur nouvelle programmation militaire, quitte la préparation de la conduite du conflit de basse intensité pour l’idée d’une confrontation hybride: « The modern battlefield is not homogenous as it used to be », indique le general Naveh (ex CO du Commandement Centre) « a target set usually includes a mix of armored, fortified, mobile, underground, commando and irregular elements, armed with stand-off, and close-in anti-tank weapons and Improvised Explosive Devices (IED), operating in close vicinity, or within the civilian population. » On mesure l’influence de la Seconde Guerre du Liban. Eschel définit à ce titre un « high intensive, asymmetric warfare ».

Les idées présentées ne sont pas nouvelles. On retrouve le grand thème des réflexions post-2006 : les forces terrestres, blindées et bardées de protections électroniques, sont remises à l’honneur. L’idée de Brigade agissant comme des groupements tactiques interarmes (ou inter-corps pour respecter la terminologie des FDI) en liaison étroite avec les FAI dans le cadre d’un système de numérisation du champs de bataille était déjà présent dans la programmation Kela. Néanmoins, il constitue un résumé de l’état des FDI – le volet terrestre essentiellement- deux ans après le choc de 2006. On y trouve par ailleurs quelques informations: la Brigade Golani devrait être la première à touchées les nouveaux blindés Namers, deux systèmes anti-missiles destinés en priorité aux Merkava 4 sont pour l’heure en évaluation par les FDI, Iron Fist (IMI) et Aspro-A, l’ex-programme Trophy (Rafael). Ils devraient à terme aussi équiper les Namers. 100 dispositifs ont étés pour l’heure commandés par les FDI.

Read Full Post »

Une petite référence sur la stratégie d’Israël a étée mise en ligne il y quelque temps sur le site du « think tank » RAND. Courte et concise, elle offre une vision qui, si elle est un peu datée (1981), n’en reste pas moins tout à fait valable lorsqu’elle s’attache aux fondements de la stratégie israélienne. Il s’agit de Israel’s Strategic Doctrine par Yoav Ben-Horin et Barry Posen

La référence actuelle semble être – je ne l’ai lu mais les critiques sont élogieuses – Israel’s National Security, Issues and Challenges Since the Yom Kippur War par Efraim Inbar, 2008. Il s’agit du directeur du Begin-Sadat Center for Strategic Studies, un important think tank israélien.

Read Full Post »

Un discours complexe mais intéressant de l’actuel Ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni : l’Etat de la Nation.

L’image d’Israël est mauvaise sur le plan international. Il existe une dissymétrie entre la représentation qu’a Israël de lui-même (un petit pays qui fait face à des menaces très importantes, et dont certaines sont à caractère global) et la représentation que le monde à de lui (un « Goliath »). Cette représentation est directement liée au conflit avec les Palestiniens.

I think there is a connection between Israel’s international standing and our internal situation. They are not disconnected, because our ability to achieve our objectives depends, among other things, upon the world’s willingness to accept some of our fundamental principles, and to support or at least not oppose the actions we must take.

And while we’re still living with the image of little Israel wearing a kibbutz worker’s hat, the international community is in a very different place. Although we want to view ourselves as David, the world sees us as Goliath and the Palestinians as David. We have to face up to some giant discrepancies between what we really are, how we see ourselves, and how the international community perceives us.

Just as we spoke of 60 years of positive processes we can be proud of, it is also important to say that Israel is now on the way to the OECD. A week ago we obtained a European Union decision to upgrade relations with Israel. But that old controversy is always lurking in the corner, that gap between Israel’s image in its own eyes and in the eyes of others.

Alors même que la violence au Moyen Orient prend un caractère global (cette violence est extrémiste et terroriste), l’Occident (qui n’est pas mentionné tel quel mais sous-entendu – l’Europe est par contre mentionnée tel quel et semble être le principal acteur concerné) perçoit l’activité violente au Moyen-Orient d’une manière beaucoup plus proche d’Israël. Le problème avec l’Occident (ditto) est que, s’il comprend la necessité de « payer un prix » pour contrer ces menaces, il refuse de le faire.

Le prix à payer n’est pas mentionné mais encore une fois suggéré. Il s’agirait d’accepter la coercition, version violente. Puisque ce prix est refusé, ce serait à Israël de payer, soit de continuer à subir la violence extrémiste et terroriste ou d’agir en faveur de partenaires jugés faible et impuissant (Le Fatah et le gouernement libanais sont mentionnés) alors même que cette action ne favorise pas Israël. Plus le temps passe, plus la situation s’aggravera à la dégradation de l’image d’Israël et de la radicalisation des conflits (définis comme religieux).

This change is very problematic, because growing extremism is by definition problematic for us. The fact that political disputes tend to become more religious in nature is certainly a problem, because a national conflict can be resolved whereas a religious conflict cannot.

Namely, everyone in this camp understands that Israel is not really the cause of extremism, Iran cannot be allowed to win, Hizbullah must not win in Lebanon, and Hamas must not be allowed to establish itself in Gaza.

The problem is twofold: the first is the gap between the understanding and the willingness to pay the price.

We have no choice; we know that part of our struggle for survival involves paying the price, whether immediately or later on. We need to make the calculations but all in all the Israeli public knows, and the leadership most certainly knows, that advancing the subjects strategically important to us entails paying a price, sometimes on the spot. The rest of the world, mainly meaning some of the European countries for our purposes, understands the threat, but some are unwilling to pay the price.

Even more problematic for us is the fact that sometimes Israel is the one asked to pay the price. Israel is perceived by the international community as holding all the payments needed by the moderate and weak elements, in order to appease and strengthen them. Thus we usually find that when the international community is faced with a common threat, Israel is asked to give something.

Régler le conflit israélo-palestinien est donc essentiel puisqu’il se situe à la source de la mauvaise image d’Israël.

Issues that were very obvious to us and principles that we could clearly stick to are gradually being worn down, and for these two reasons – both the erosion of our positions and the transition to more religious rather than national conflicts – time is not on our side. It is in Israel’s interest to end the conflict; it is not a gift we want to give the Palestinians or the international community. It is in our interest to provide a solution to the Israeli-Palestinian conflict according to our principles.

Plusieurs éléments se dégagent:

  • « am levadad yishkon » (Exister dans la solitude): Israël est en situation de conflit violent. Personne ne peut le comprendre sans partager la tranchée. Comme le « Juif de la diaspora », Israël est condamné à la solitude. Il est dans environnement incapable de le comprendre, si ce n’est totalement du moins suffisamment. Cf le mot de Cordesman « if they don’t feel you are 100% for them, they will always be afraid that you are 100% against them”
  • « En brera » (Pas le choix) : Israël est engagé dans une action que la morale ou la justice réprouve, en à conscience et en souffre, mais il n’existe pas d’alternative. Fondamentalement, Israël a une vision très dramatique de lui-même, tiraillés entre nécessité vitale et morale – « Options in the Middle East always involve choosing between bad options in complex situations » précise Livni. L’idée d’un Moyen-Orient aux problèmes sans « happy ends » et dominés par l’incertitude, la contradiction et l’absence de logique est très présent dans le discours israélien… mais aussi arabe !
  • La « communauté internationale » comme un poids. Puisque Israël ne peut que trop rarement être compris, être pris en sympathie au sens étymologique, la « communauté internationale » est au mieux inutile, au pire une gêne. La première phrase de Livni est à ce titre éloquente : « […] our ability to achieve our objectives depends, among other things, upon the world’s willingness to accept some of our fundamental principles, and to support or at least not oppose the actions we must take. » Néanmoins, l’implication de la « communauté internationale » est trop importante pour qu’elle puisse être ignorée, contourné ou bridé par l’appui d’une grande puissance.
  • Conflit identitaire, conflit interminable, menace immédiate : pour Livni, Israël est engagé dans des conflits à caractère religieux qui ne peuvent être résolu par une paix négociée (« The fact that political disputes tend to become more religious in nature is certainly a problem, because a national conflict can be resolved whereas a religious conflict cannot »). Israël n’a pas de plus le temps pour lui (« time is not on our side »), fonction d’une image se dégradant et de type de conflit jugé plus difficile. Cette idée d’une course contre la montre face à une menace existentielle est très présente dans les conceptions stratégique israéliennes :Dayan poussa à la guerre en 1956 de peur que les Egyptiens n’acquiert une supériorité technologique au niveau du matériel par l’assimilation des exportations militaires soviétiques, la faute du Kippour est de ne pas avoir anticipé avec certitude l’attaque en temps voulu et de ne pas avoir pris de vitesse les coalisés. Actuellement, la menace d’un programme nucléaire militaire iranien est évalué en fonction du nombre d’année avant son aboutissement.

C’est amusant de voir qu’autant d’éléments qui constituaient la conception israélienne de l’activité politique et de la stratégie en 1948 restent aujourd’hui autant d’actualité. Alors même que tout aurait pu indiquer le contraire.

Read Full Post »

« Si le Kippour avait été aussi filmé et télévisé, on l’aurait arrêté tout de suite. »
Un israélien – Propos rapportés par Annette Lévy-Willard.

L’objet de cette chronologie est d’apporté une vision complète, à défaut d’être détaillée, des opérations militaires des Forces de Défense Israéliennes (FDI) au Liban en Juillet-Août 2006.

Complète parce qu’elle permet de comprendre le pourquoi et le comment de ces opérations, sur le plan opérationnel c’est à dire en fonction des objectifs de la stratégie militaire des FDI, et sur le plan tactique. A défaut être détaillé, parce que d’une part je ne connais pas l’hébreu, ce qui me coupe de l’essentiel des sources disponibles du point de vue israélien- d’autre part, il s’agit d’un conflit d’actualité sur lequel les informations sont nécessairement disparates et incomplètes quelque fois contradictoire ou erronnées. [1] Il s’agit d’une base à partir de laquelle une étude sérieuse peut être entreprise et une aide de lecture pour qui souhaite aborder ce conflit.

Cette chronologie devait à l’origine être une aide pour aborder les études et articles sur le sujet. Aussi, je n’avais pas pris la peine de « sourcer » les différentes entrées. Les principales sources seront mentionnées dans une bibliographie qui sera mis en ligne sous peu – en ce qui concerne les quotidiens, une recherche peut être effectuée sur leur site. Je serais ravi de pouvoir échanger sur le sujet si quelqu’un désire une précision ou souhaite relever une erreur.

L’ensemble est pensé avant tout comme une base sur laquelle une étude sérieuse peut être amorcée. Une chronologie détaillée sera mis en ligne sous peu.

[1] La première étude complète vient tout juste d’être publiée en anglais (34 days – Harel et Issacharoff) et elle n’aborde la dimension militaire que de manière très succincte. Il existe néanmoins de très bonnes études sur différents aspects de la guerre.

La stratégie militaire israélienne : buts, objectifs et influences

La stratégie militaire israélienne au niveau des opérations terrestres est influencée par plusieurs facteurs

1) Les buts de guerres fixés par le Premier Ministre et son Cabinet définissent les objectifs militaires.

  • Selon Cordesman, il s’agit de réaliser :

a) La destruction du « Commandement Ouest » iranien, comprise comme l’impossibilité pour l’Iran d’utiliser le Hezbollah comme un atout stratégique contre Israël
b) Le rétablissement de la crédibilité de la dissuasion israélienne, jugée amoindrie par le retrait du Liban Sud en 2000.
c) Forcer le gouvernement libanais à maîtriser le Hezbollah.
d) La réduction significative de la force militaire du Hezbollah – ce qui est consécutif du premier point.
e) Récupérer les deux soldats capturés sans passer par un échange avec le Hezbollah.

  • Selon Ben Meir, il s’agit de, briser le Hezbollah, restaurer la dissuasion israélienne, changer la réalité du Sud Liban. Les objectifs impliqués seraient, selon l’auteur :

a) Le retour des deux soldats échanges de prisonniers.
b) La réduction à défaut de la neutralisation du Hezbollah au moyen de la destruction de son arsenal de roquettes et de ses combattants- principalement le haut commandement.
c) L’affaiblissement du statut de la milice chiite au Liban et dans le monde arabe au moyen du minage de sa force militaire, de ses symboles et de son image.
d) L’élimination de la présence du Hezbollah à la frontière et le déploiement de l’armée libanaise au Liban Sud.
e) L’établissement de mécanismes destinés à désarmer le Hezbollah de ses missiles lourds et de prévenir l’acquisition de nouveaux.

  • Le PM Ehud Olmert, dans son discours du 17/07 à la Knesset, lista les conditions suivantes pour l’arrêt des combats :

a) Le retour des soldats fait prisonniers.
b) Un cessez-le-feu inconditionnel.
c) Le déploiement de l’armée libanaise sur le totalité du Sud du Liban et le retrait du Hezbollah du Sud Liban en accord avec la résolution 1559 de l’ONU.

2) Les planifications militaires antérieures au début des hostilités. Le plan d’opération « Défense de la terre » (« Defense of the Land »), mis au point entre 2000 et 2002 qui combinait plusieurs jours de frappes intensives sur de cibles du Hezbollah et des forces syriennes alors stationnées au Liban suivit d’une opération d’envergure menée par 3 divisions, dont une engagée dans une action héliportée au niveau du Litani, destinée à contrôler – et non occupé – le Liban Sud pour une durée de 6 semaines. Durant ce laps de temps une série de raids auraient pour objectifs de réduire considérablement la menace du Hezbollah via l’attrition de son personnel combattant et la neutralisation de ces bases de roquettes au Sud Liban. L’ancien CEMA Moshe Yaalon, résumait, peu après la fin de la guerre : «The ground entry was supposed to be carried out speedily, for an allotted time, without the use of tanks and without entering houses or built-up areas. Because of our awareness of the anti-tank missile problem and our awareness of the bunkers and of the fact that the routes are mined, the intention was to activate the IDF in guerrilla modalities. That was the operational idea, that was the plan and that is how the forces were trained. » Le plan d’opération « Marée Elevée » (« Elevated Waters »), mis au point entre 2005 et 2006, suite au retrait des forces syriennes du Liban reprendra les grandes lignes de « Défense de la Terre », exception faite des frappes sur les forces syriennes. Selon un officier de réserve des FDI, Ron Tira – en service aux Forces Aériennes Israéliennes – les plans israéliens se décomposaient en deux volets, une série de frappes aériennes – « Brise Glace » (« Icebreaker ») – sur une durée de 48h00-72h00 et « Mey Arom » (« Marée Haute») qui donnait à la fois la mobilisation des réserves des FDI et une opération d’envergure au Liban Sud destiné à repousser les éléments du Hezbollah au Nord du Litani. Les deux plans devaient être mis en œuvre au même moment, les réserves étant mobilisées alors que les frappes étaient en cours. Les caractéristiques de cette planification tenaient en :

  • l’importance de la dimension aérienne, alors qu’il s’agit de causer de grands dommages au Hezbollah sans reposer sur une action terrestre prolongée – soit l’occupation du terrain sur lequel opère la milice chiite.
  • la combinaison d’un volet terrestre et aérien- l’un ne pouvant exclure l’autre dans la logique de la planification : pas de dommages conséquents sans l’utilisation de l’arme aérienne à partir du moment ou une opération terrestre est aussi limité dans le temps (6 semaines), dans l’espace (le Liban Sud) et dans ses objectifs (contrôler sans occuper) mais aussi par la peur des pertes envisagée – pas de dommages suffisants sans une intervention majeur au Sud Liban, notamment en ce qui concerne l’appareil offensif du Hezbollah, les roquettes et leur vecteurs.

3) L’expérience des conflits de basse-intensité, terminologie d’origine israélienne, qui définie un conflit armé entre deux acteurs caractérisé par la dissymétrie des moyens et l’asymétrie des stratégies et des organisations, voir des valeurs et des perceptions. Ce type de conflit est caractérisé par une durée plus importante et par la létalité moindre des armements employés, par comparaison avec un conflit armé opposant deux adversaires disposant de moyens similaires. La conduite de la Seconde Intifada par les FDI, qui a été considéré comme une victoire, reposait principalement sur un renseignement de premier ordre et des frappes de précisions au niveau des moyens et sur la combinaison de la destruction des organisations sur le plan opérationnel (« destroy terrorism by force » PM Ariel Sharon)et de l’affaiblissement de la volonté à voir dans la violence armée un moyen de faire plier Israël (« burn into its [the palestinian side] consciousness that terrorism and violence have no chance of leading to any achievement which translates into Israeli surrender.» Gen Moshe Yaalon). A ce titre, l’un des débats majeurs au sein des FDI au cours de la Seconde Intifada toucha à l’importance relative de la coercition sur la destruction. La première s’oriente vers l’image et le symbole soit l’imaginaire, la seconde sur les moyens soit la réalité de l’efficacité de l’organisation adverse. La première conception recherche à montrer ou à suggérer la défaite ou la victoire, la seconde à démontrer et à prouver la défaite ou la victoire. La nouvelle doctrine stratégique israélienne, publié et distribué au sein des FDI en Avril 2006, devait traduire cette nouvelle conception et présentait la victoire en terme de « conscience de la victoire » et la défaite en terme de « perception cognitive de la défaite » par l’adversaire. Cette approche n’est pas exclusivement le fruit de l’expérience des conflits de basse intensité par Israël mais aussi des concept doctrinaux américains au niveau de la puissance aérienne, dont l’influence sur les FDI est fonction autant du lien fort qui existe entre les institutions militaires des deux pays, que de l’utilisation de moyens et de technologies similaires et de conceptions stratégiques opérationnelles proches (maximiser l’avantage en terme d’armement de précisions, éviter les pertes humaines alliés notamment). Ainsi, les Opérations Basées sur les Effets, dernier concept stratégique produit par le Pentagone, se définissent comme « un processus pour obtenir un résultat stratégique désiré ou un effet sur l’ennemi à travers l’application synergistique et cumulative de toutes les capacités militaires et non-militaires à tous les niveaux du conflit. ». Dans cette optique, l’armement de précision doit permettre de toucher rapidement et de loin les centres de gravités d’un adversaire conçu comme un système composé d’éléments militaires, politique et civil de manière à influencer la volonté de l’adversaire à continuer le combat sans pour autant s’engager dans une action de destruction ou d’attrition, contre l’intégralité de l’organisation militaire adverse – action plus longue, plus coûteuse et ne pouvant être assurée par les seuls moyens-feu. Kela « 2008 », la programmation militaire israélienne de 2004, devait valider la nouvelle conception israélienne, les FDI, une « small, smart army », constitue une « border patrol rich in precisions weapons » capable de déployer rapidement un petit corps de troupes de grande qualité et une aviation de premier ordre dans la cadre d’opérations très courtes ou des frappes denses, soutenues et très précises doivent faire plier l’adversaire.

4) La volonté d’éviter au maximum les pertes humaines ainsi qu’une situation ou Israël serait contrainte d’assurer l’occupation d’un sol étranger. Le premier point s’explique autant par la sensibilité accrue des israéliens aux pertes humaines que part la volonté des responsables israéliens de ne pas s’engager dans une action comprise dès l’origine comme non décisive (la destruction du Hezbollah – tout comme des plates-formes de lancement de roquettes n’est pas considérée comme réalisable) de telle manière que les pertes humaines ne soient pas en relation avec les résultats de l’opération militaire. Le second point fait référence au désir d’Israël de ne pas se retrouver dans une situation similaire à celle qui suivie l’opération « Paix en Galilée »,ou les FDI entrèrent au Liban en 1982 pour ressortir en 2000 – ainsi, « Marée haute » entend explicitement assurer un contrôle du Sud Liban, non une occupation.

5) Les précédentes opération militaires des FDI au Liban. Les opérations « Responsabilité » (« Accountability », Juillet 1993) et « Raisins de la Colère » (« Grapes of Wrath, Avril 1996) avaient pour point commun, sur le plan opérationnel, l’utilisation de feux de précisions dirigés de la terre, de la mer ou de l’air. Si les résultats de ces opérations militaires furent mitigés (un accord non écrit avec le Hezbollah préservant la population israélienne des tirs de roquettes en 1993 et un arrêt brutal des opérations suite à une erreur de tir et de lourdes pertes civiles en 1996), les avantages du mode d’opération restait supérieur aux inconvénients – Israël conservait la possibilité de frapper avec précision au Liban et de causer de grands dommages aux parties en présence (Etat libanais, Hezbollah et Syrie jusqu’à son retrait) susceptible d’influencer actions et décisions, ce tout en évitant d’exposer ses soldats et d’être présent pendant un laps de temps important sur le territoire libanais.

6) La présence militaire sur le territoire comme condition de la victoire. L’opération « Bouclier Défensif » (« Defensive Shield »), la prise de contrôle de la zone A palestinienne en Cisjordanie en 2002 au cours de la Seconde Intifada, marqua profondément la pensée stratégique israélienne. Elle est considérée de manière unanime comme le tournant de la confrontation militaire en faveur d’Israël ce dans le cadre des délicats conflits de basse intensité. Néanmoins, elle impliquait un déploiement de troupes massif, dans le cadre d’une opération risquée (combats urbains notamment) et visait l’occupation d’un territoire – source de problèmes en terme de coût, de monopolisation de ressources et de risques de pertes humaines sans compter les problèmes d’ordre politique, domestique et internationale, et juridique. Ainsi si l’occupation du territoire est perçue comme une condition de la victoire, l’idée selon laquelle celle-ci pourrait être obtenue sans passer par l’occupation reste d’actualité. En somme, l’idée de « Bouclier Défensif » n’est pas une solution miracle, et qui plus est, elle n’est pas non plus une solution applicable à toutes situations – le Liban n’est pas la Cisjordanie. L’idée de « Défense de la Terre » est ainsi l’adéquation de frappes aériennes avec un contrôle provisoire– et non une occupation –, qui préfère le raids à partir d’une série de bases plutôt que le quadrillage d’un périmètre.

Il s’agit donc pour l’Etat-major des FDI, d’affaiblir le Hezbollah via la réduction significative de son potentiel militaire, au moyen d’une opérations aérienne de grande ampleur suivie par une opération terrestre sur l’intégralité du Sud Liban. Cette opération est problématique puisqu’elle suppose que les FDI soit confronter aux deux dangers que représentent les pertes humaines importantes et la possibilité d’être contraint d’occuper un territoire pour une durée indéterminée. Le plan d’opération existant apporte une réponse qui ne peut néanmoins pas être comprise comme une solution. Par ailleurs, les FDI doivent agir de manière à rétablir la crédibilité de la dissuasion israélienne dont le composant essentiel est l’image de puissance.

Selon Zeev Schiff (10/06), le CEMA Dan Halutz présenta au Cabinet les « buts stratégiques » des FDI le 13/07. Le document listait les objectifs suivants :

1) Renforcer la dissuasion israélienne et forger de nouvelles relations avec le Liban (« Deepening Israel deterrence in the expanse and shaping relations with Lebanon.”)
2) Cessation des activités terroristes à partir du territoire libanais.
3) Pousser le gouvernement libanais et la communauté (establishment) internationale à réaliser la responsabilité, en particulier au niveau du conte du Sud Liban.
4) Faire pression sur le Hezbollah pour assurer le retour des soldats capturés tout en causant des dommages significatifs au mouvement et en réduisant l’influence et l’implication iranienne.
5) Laisser la Syrie en dehors du combat et réduire la connexion avec la dimension palestinienne.

De l’attrition et du symbole à la conquête du territoire

Les FDI développèrent 11 plans d’opérations de théâtre (Changement de direction 1-11 – « Change of Direction ») impliquant une ou plusieurs divisions et mirent en oeuvre 6 opérations de secteurs (Toile d’Acier 1-6 – « Web of Steel ») impliquant une ou plusieurs Brigades. Les opérations de théâtre étaient planifiées sous commandement d’une division ou du Commandement Nord, les opérations de secteurs, sous commandement d’une division ou d’un état-major de Brigade, qui prenait alors en charge plusieurs Brigade.

13-17/01 – Changement de Direction 1 : frappes de quatre jours sur les forces et les positions du Hezbollah, principalement aériennes.

14-19/07 – Actions de forces spéciales, sous commandement de la 91e Division. L’unité Maglan –et probablement d’autres unités de forces spéciales (Egoz, Shaldag ?) – a pour objectifs la capture de hauteurs et, selon le Gen. (res.) Naveh, la localisation des lanceurs de roquettes dans la région de manière à guider les frappes aériennes : « These guys hid in the area and identified, in real time, and they managed to intercept launchings by guiding fixed-wings. In most cases, by guiding armed RPVs [Remote Piloted Vehicules] capable of really shooting very quickly. In fact the whole idea of this joint team was Special Forces, very effective intelligence circles, and he assigned all these RPVs to these teams. They were capable and he maintained, in each region, certain levels – 12 or 15 RPVs. They were able to really identify and kill, and they managed to kill about 50 launchings. » Les instructions au Commandement Sud, au 13/07 stipulaient :
1) Une frappe très dure sur le Hezbollah.
2) Des préparatifs pour secourir les soldats enlevés.
3) Des préparatifs pour détruire les forces du Hezbollah à la frontière.
4) La planification d’une attaque sur le village de al-Ghajar (Ghajjar, Rajar)
5) Une action visant à interférer (interfere) avec le tirs des roquettes du Hezbollah.

20-22/07 – Toile d’acier 1 : Sous commandement de l’EM de la 300e Brigade, le 101e Bataillon parachutiste et le Bataillon de reconnaissance de la 35e Brigade parachutiste avec l’unité Egoz et le 82e Bataillon de la 7e Brigade blindé entre en action sur Maroun al-Ras. Il s’agit du premier raids d’importance lancé par les FDI avec pour objectif d’exercer une forte pression sur le Hezbollah, au moyen de l’attrition de ses forces à la frontière, en évitant toute occupation et en limitant au maximum les pertes amies. Le général Benny Gantz, commandant l’état-major des forces terrestres, devait parler d’un “assaut-piano” – les forces frappent et se retire pour frapper à nouveau, sur une autre location.

24-28/07 – Toile d’acier 2 : Sous le commandement de la 91e Division ( ?), la Brigade Golani (51e Bataillon et Bataillon de reconnaissance), la 401e Brigade blindée (52e Bataillon), l’unité Egoz, la 35e Brigade (101e Bataillon) et la 7e Brigade (75e Bataillon) participent à une opération sur Bint Jbail. Le corps de la troupe est constitué par la Brigade Golani et la 35e, soutenu par les chars de la 7e. L’opération devait durer 48h00 – selon les mots du chef du Commandement Nord : « You’re going in, killing as many terrorist as you can and then coming out. » .

29-??/07 – Toile d’acier 3 : Les 401e Brigade blindée, Brigade NAHAL et le 13e Bataillon de la Brigade Golani sont engagée à l’Est de la frontière libanaise principalement dans le secteur d’al-Taybeth, de Kfar Kila et d’Al Adayseh. L’objectif donné par le Gen. Halutz est très clair, il s’agit de tuer un maximum de miliciens du Hezbollah. Les forces engagées au niveau d’al-Taybeth doivent ainsi neutraliser 110 miliciens.

31-??/07- Toile d’acier 4 : La 35e Brigade avec le soutient d’une Brigade blindée, la 7e probablement, puis d’éléments de la Brigade Golani sont engagées sur Aiyt a-Shab.

??/ ?? – Toile d’acier 5 : Action des FDI dans le secteur de Rajmin : la 188e Brigade est engagée, sous contrôle tactique de la 609e Brigade, la première unité de réserve engagée au Liban.

31/07 – 09/08 – Changement de Direction 8 : L’objectif du plan d’opération est le contrôle du territoire, précisément, l’ancienne zone de sécurité sur un périmètre de 6km à partir de la frontière libano-israélienne. L’opération est d’envergure : les premières unités de réservistes sont engagées et trois divisions de réserves sont mobilisées. La 91e Division et, vraisemblablement la 162e Divison et probablement la 98e Division assurent la mise en œuvre du plan d’opération, sous supervision du Commandement Nord. Toutes les Brigades d’active, ainsi que la 609e Brigade de réserve, sont alors engagées (Golani, NAHAL, 7e, 35e, 188e, 401e ) dans les opérations d’attritions lancées les 29/07 et 31/07. Les 2e et 551e Brigade de réserve furent toutes deux engagées aux cours de l’opération. Il est très probable que d’autres unités de réserve aient participées à l’opération alors qu’elles achevaient leur concentration à la frontière.

04/08 – ?? – Changement de Direction 10 : Opération menée par la 91e Division dans le cadre général – semble-t-il – de Changement de Direction 8, au niveau des localités d’Aiyt a-Shab et Bint Jbail. L’objectif de l’opération, en dehors d’une déclinaison de Changement de Direction 8, semble avoir aussi été d’apporter un ensemble de symboles de victoire destinés à masquer les échecs médiatisés des dernières semaines, particulièrement à Bint Jbail. Ainsi, l’ordre d’opération de la 35e Brigade indiquait précisément l’image d’un drapeau levé sur l’objectif de la Brigade, un ancien casernement des FDI au Nord de la ville.

11/08-13/08 – Changement de Direction 11 : Il s’agit de la plus grande opération terrestre de la guerre. Elle implique quatre divisions, la 91e au Sud, la 162e à l’Est, la 366e au Nord Est et la 98e pour une opération aéroportée. L’action décisive doit être assurée par les 162e et 98e responsable respectivement d’un mouvement Est-Ouest le long du Litani jusqu’à l’Est de Tyr, et d’une opération aéroportée au Sud du Litani en prévision d’une liaison avec la 162e Division. La 91e Division doit continuer sa poussée vers le Nord et la 366e Division sécuriser le flanc de la 162e en prévision d’une éventuelle intervention syrienne. L’opération a trois objectifs : réduire les tirs de roquettes sur Israël, restaurer la dissuasion israélienne au moyen d’une action brutale, de grande ampleur et décisive, obtenir une image de victoire. La totalité des Brigades disponibles semblent avoir été engagées, à des degrés divers.

Quelques remarques élémentaires

  • Il existe une graduation très marquée dans l’importance des opérations (volume de troupe, objectifs, théâtre d’opération).
  • Jusqu’à « Changement de Direction 8 », le but n’est pas d’occuper le terrain, même temporairement. Il s’agit tout d’abord d’épauler l’action de l’aviation (forces spéciales et drones) , puis de compléter son action (infanterie légère et appui blindé). Les forces terrestres rentrent cette fois directement en action contre les équipes du Hezbollah. Il s’agit finalement de causer des pertes au Hezbollah et d’engager des frappes symboliques (sur Bint Jbail notamment). L’essentiel des ces actions ont étés menées par la 91e Division.
  • « Changement de Direction 8 » marque un tournant important. Les FDI sont engagées en force, les 91e et 162e emploient toutes leurs Brigades et les unités de réservistes sont déployées en masse. L’occupation du terrain est donné comme objectif. Dans la mesure ou cette occupation ne peut qu’être temporaire, les buts semblent être de compenser les échecs précédents par le déploiement en force de la puissance israélienne et la destruction des moyens du Hezbollah, matériel et personnel, sur la frontière.

Read Full Post »

« Soldats d’Israël…ils sont plus nombreux que nous, mais nous les contiendront. Nous sommes un peule petit mais résolu. Nous souhaitons la paix, mais nous sommes prêts à combattre pour notre vie et notre pays. Aujourd’hui, nos espoirs et notre sécurité sont entre vos mains. »

Discours radiodiffusé de Moshe Dayan à l’intention des soldats israéliens engagés dans le Sinaï, aux premières heures de la Guerre des Six Jours.[1]

« The army doesn’t like waiting. Due to the nature of things forces want to move, to fight and to attack. »
Général Alon Friedman, chef d’état-major adjoint du Commandement Nord, Août 2006


L’approche des questions de défense nationale par Israël s’est élaborée en fonction de facteurs qui devaient déterminer la conception israélienne de la puissance et la dimension mythique de la culture israélienne. Ces facteurs assurèrent la création de concepts en matière de défense et de sécurité à partir desquels politique et doctrine devaient être constitués. Ces derniers représentent les réponses d’Israël aux problématiques sécuritaires et stratégiques.

Israël conçu son système de pensée en matière de défense autour d’un constat de faiblesse. Celui-ci est fonction de trois facteurs.

1) Une menace perçue comme existentielle : « The essence of our security problem lies in our very existence, our existence as a state and our existence as human beings. » Les adversaires déclarés ou envisagés refusent de reconnaître l’état hébreux et vise de manière explicite sa destruction. Le sentiment d’être menacé d’extermination était d’hors et déjà très présent chez les fondateurs d’Israël – fonction d’une mémoire collective teintée par les persécutions et par l’expérience récente de l’Holocauste.

2) Une dissymétrie fondamentale dans les forces en présence : « We are few and they are many » (Meatim mul rabbim – le petit nombre face à la multitude). Le rapport de force, en terme de démographie et de force armée agrégée, donne un clair avantage aux ennemis d’Israël. « From a demographic point of view, Israel’s two and a half million Jews (in 1950s) had to contend with more than a hundred million Arabs from the Atlantic to the Persian Gulf.” (Yallon) La stratégie israélienne considère ainsi trois cercles concentriques qui correspondent à une situation géographique – l’adversaire du premier cercle sont les Palestiniens des territoires occupés ou des camps de réfugiés à la périphéries d’Israël, le second cercle comprends les adversaires aux frontières de l’état hébreux, essentiellement étatiques – Egypte, Syrie, Liban (le Hezbollah, à partir des années 1980) et Jordanie et le troisième cercle, les adversaires étatiques ne possédant pas de frontières communes avec Israël – l’Irak puis l’Iran au premier chef. La menace touche dès lors aux missiles balistiques, aux armes NBC et au déploiement d’un corps expéditionnaire en soutient des adversaires du second cercle.

3) L’absence d’alternative à la confrontation : « En brera » (Pas le choix). L’objet du conflit est identitaire dans un cadre géostratégique défavorable (notamment une absence de profondeur stratégique) face à une somme d’adversaire consciente de sa force à priori. La négociation, comme la fuite, ne sont dès lors pas des options.

Ainsi, non seulement Israël fut bâti par le conflit armé, mais celui-ci devait aussi être perçu comme mortel, sans alternative face à un ennemi supérieur. Les conséquences psychologiques d’une telle posture, un mélange de peur, de stoïcisme, de pessimisme et d’abnégation marquèrent à la fois la culture stratégique israélienne mais aussi la culture israélienne dans son ensemble.

Ces trois facteurs devaient donner naissance à trois concepts clefs :

1) Aucun tiers parti ne peut assurer la défense d’Israël (am levadad yishkon[2]). Si il existe des sympathies et des soutiens, et si la recherche d’une alliance d’abord avec une grande puissance puis au niveau régionale fut une constante dès la création d’Israël, il n’est aujourd’hui, pas plus qu’à l’origine, considéré qu’un tiers parti puisse s’opposer par la force aux ennemis de l’état hébreux et le soulager ainsi d’une menace et d’un effort de défense important (Dayan : “In time of peace there is no need for [allies], and in time of crisis they are useless.”)

2) Le conflit avec les arabes ne peut être résolu au moyen de la force militaire.

3) Israël ne peut tenir un conflit armé prolongé.

Ces deux derniers facteurs sont relatifs au rapport de force entre Israël et les adversaires identifiés, à la nature du conflit et aux caractéristiques de l’état hébreux, notamment sur le plan économique.

Ces trois concepts assurèrent à leurs tours la définition d’une doctrine militaire et d’une doctrine politico-stratégique.

La doctrine politico-stratégique fut définie autour de deux grands éléments : la création d’une image de puissance et l’importance accordée à la dissuasion. Si ces deux éléments sont liés lorsqu’ils comprennent l’image de puissance dans un contexte stratégique, ils sont respectivement à buts positifs et à buts négatifs. La première doit assurer l’image d’un état fort (« strenght will be decisive »), capable de relever seul les défis imposés et à même de garantir sa sécurité. Le signal élaboré ainsi est à destination de la diaspora, appelée à rejoindre Israël, et à destination d’une audience étatique internationale qui peut ainsi constater un Etat hébreux autonome, acteur au niveau régional et partenaire potentiel. Corollaire de ce choix doctrinal, Israël attache une importance toute particulière à son indépendance, y compris dans le cadre de ses alliances. La place de la dissuasion dans la stratégie israélienne est fondamentale. Fonction d’une impossibilité estimée à résoudre le conflit par la force armée, la dissuasion s’impose dès lors comme l’unique moyen d’influencer les acteurs arabes engagés contre Israël. La doctrine militaire est ainsi pour beaucoup constituée en vu du maintient d’une posture dissuasive et l’entretien – ou la réaffirmation – de la capacité de dissuasion d’Israël est un leitmotiv dans le discours israélien en matière de défense.

La doctrine politico-stratégique d’Israël accorde une place très importante aux relations internationales et particulièrement vis-à-vis des grandes puissances. Israël cherche en effet à assurer une alliance tout en gérant l’influence et l’action internationale dans le cadre des conflits qui oppose l’état hébreu à ses adversaires arabes. La relation de l’état hébreu avec les acteurs étatiques internationaux devait s’articuler sur quatre point :

1) La recherche et le maintien d’une alliance avec une grande puissance, ainsi que le soucis d’éviter une confrontation avec celles-ci. Cela devait prendre la forme, à l’origine, d’une tentative de rapprochement avec l’URSS puis la Grande-Bretagne, suivie plus tard du partenariat avec la France et de l’alliance avec les USA. Les guerres entreprises par Israël le furent ainsi autant que possible avec l’aval d’une grande puissance, de l’URSS (1948), aux USA (1982) en passant par la France (1956). De manière plus générale, Israël eu toujours pour ambition d’intégrer un système d’alliance pro-occidental.

2) L’affirmation de l’indépendance, en tant qu’acteur régional ainsi que dans le cadre d’une alliance. La volonté d’assurer seul sa sécurité est aussi tributaire de la perception d’Israël par ses adversaires : un Etat assisté dans cette perspective est un Etat faible.[3]

3) La gestion de l’ingérence dans le cadre du conflit avec les arabes, particulièrement en ce qui concerne l’imposition des cessez le feu dans le cadre des conflits armés et les gains ou pertes de territoires ainsi validés. ( Péres, 1978 « The shadow of superpower intervention has hovered, directly or indirectly over all of Israel wars, o as to prevent strategic decision. »)

4) La prise en compte de l’opinion internationale dans le cadre des actions militaires- particulièrement lors d’une action préventive ou préemptive. Ce dernier volet possède une grande actualité alors que la médiatisation du conflit avec les activistes palestiniens acquis une grande importance.

L’indépendance occupe une place toute particulière dans la doctrine politico-stratégique, pour des raisons idéologiques. Si deux déterminants caractérisent une position réaliste : la pessimisme[4] et le pragmatisme[5] (personne ne peut, ni ne veut assurer la défense d’Israël à sa place), le sentiment d’exception (“There are no foreign experts or advisers in the IDF”), la tradition sioniste qui en tant que nationalisme ne saurait transférer la première fonction régalienne, et le traumatisme de la rupture de l’alliance avec la France, à la veille de la Guerre des 6 Jours occupent une place capitale dans la recherche israélienne de l’indépendance et dans son affirmation.

Composée sur la base de la reconnaissance d’un triple constat de faiblesse, la stratégie d’Israël du se donner pour charge de créer la puissance de toute pièce – sans miser sur un avantage élémentaire. La doctrine militaire fut le premier produit de cette entreprise de manufacture de la puissance. A l’image de la situation perçue par Israël, et fonction des grands éléments de la doctrine politico-stratégique, elle devait être extrême dans sa forme, dans ses fins et dans ses moyens.

La naissance de la doctrine militaire israélienne

Le déterminant de la doctrine militaire israélienne fut la conception qu’Israël ne saurait tenir un conflit armé prolongé. Cette perspective imposait trois éléments :

1) la nécessitée d’une mobilisation totale des ressources de l’état hébreux (fonction à la fois de la nature de la menace et du différentiel évaluée dans les forces en présence)

2) la nécessitée d’une guerre courte – fonction aussi du point précédent

3) la prise en compte d’une grande sensibilité aux pertes humaines.

La nécessité d’une guerre courte couplé avec une mobilisation totale des ressources d’Israël orientait naturellement la stratégie opérationnelle vers l’offensive plutôt que la défensive et la destruction de la force armée ennemie plutôt que son attrition. Ezer Weizman devait résumer : « to kill a maximum Arabs in the shortest possible time.” L’approche indirecte et la manœuvre devaient constituer les deux principaux éléments de la tactique israélienne, le premier fonction d’une grande sensibilité aux pertes humaines et le second s’inscrivant par défaut dans le cadre d’une stratégie opérationnelle de destruction alors que les moyens feu des FDIne permettaient pas la neutralisation rapide de la force armée adverse.

Outre l’impossibilité de soutenir un conflit prolongé, la doctrine militaire israélienne pris aussi acte de la vulnérabilité de l’état hébreu sur le plan géographique – soit le manque de profondeur stratégique. Ce constat amena deux réponses et une considération :

1) Af sha’al (« Pas un pouce »). La sanctuarisation du territoire israélien était un impératif et l’objet des actions militaire en tant de guerre devait portée sur l’interdiction du mouvement de la force ennemie en territoire israélien. Cette considération fut aussi fonction de la valeur mythique accordée à la terre dans l’imaginaire israélien des origines, liée à la nature religieuse des considérations à son propos et à l’expérience sioniste au Moyen-Orient toute entière liée à l’acquisition et à l’exploitation de la terre. Enfin, la peur qu’un gain territorial par les forces ennemie ne soit validé suite à cessez-le-feu imposé par l’ONU ou les grandes puissances contribuait à accorder à la sanctuarisation du territoire israélien une grande importance.

2) La guerre préventive ou préemptive. La vulnérabilité d’Israël et la faiblesse relative perçu par les dirigeants israéliens des origines amenèrent tout deux à considérer l’initiative de l’action militaire comme préférable (attaque préventive) ou nécessaire (attaque préemptive) quand bien même le prix d’une telle approche, sur le plan diplomatique, est élevé.[6] Il s’agit une nouvelle fois d’une affirmation de l’indépendance d’Israël au niveau des questions stratégique régionales.

3) L’action militaire portée sur le territoire ennemi. Corollaire des grandes orientations de la doctrine militaire, le transfert des combats au-delà des frontière d’Israël s’inscrit comme un point fondamental dans la stratégie militaire israélienne des origine. Le gain territorial n’est pas recherché en soi et la terre conquise est perçue comme un atout dans les négociations qui font suite au conflit[7] ce qui n’empêchera pas Israël d’occuper le territoire de Cisjordanie (Jordanie), de Gaza et du Sinaï (Egypte)[8] suite à la Guerre des 6 Jours et d’annexer le plateau du Golan (Syrie) avec l’objectif de garantir une profondeur stratégique au territoire israélien.[9] De même, l’occupation du Liban Sud en 1982 répondait à la volonté d’établir une zone tampon entre les réfugiés palestiniens du Liban et Israël. En définitive, la conquête de territoire s’inscrit plus dans une logique défensive que dans la cadre d’une volonté de puissance.

Enfin, il faut mentionner l’importance du renseignement pour l’appréciation de l’action ennemi (« early warning »), condition pour la frappe préventive ou préemptive et nécessaire pour une armée fondée sur la réserve, et l’importance de la dissuasion dans la stratégie générale israélienne qui sera traitée plus en avant. Enfin, l’importance de la qualité, soit du maintient d’un « qualitative edge », autant en terme de stratégie militaire qu’au niveau de la stratégie de dissuasion, doit aussi être mentionner. La relation particulière qu’entretient Israël avec la qualité (opposé à la quantité) sera de même traitée plus loin.

La guerre conventionnelle idéale pour Israël est donc courte, portée sur le territoire adverse et débutant par une attaque préemptive. Selon la formule officielle, elle est défensive au niveau stratégique et offensive au niveau tactique.[10]

Les éléments de base de la doctrine militaire israélienne posée, son influence pouvait s’exercer sur la structure des forces et leur organisation. La force armée devait être constituée autour d’un corps de réserviste rapidement mobilisable et former une troupe mobile pouvant être déployée sur l’ensemble du territoire alors que les colonies frontalières devaient la première ligne de défense et retarder la progression ennemie. La composante terrestre était dom inante et le Chef d’Etat-major assurait aussi bien le rôle de commandant des forces terrestres que celui de commandant des forces armées en opération. Il disposait de plus d’un pouvoir très important et traitait directement avec le Premier Ministre – le Ministre de la Défense étant alors reléguer pour l’essentiel à un rôle de gestionnaire. Composée pour l’essentiel de Brigades autonomes motorisées, les FDI devaient dans le pire des cas assurer rapidement les contre-attaques nécessaires, en coopération avec l’aviation, à la destruction des forces armées ennemies et porter le combat sur le territoire de l’adversaire. Le renseignement acquis très tôt une importance considérable, il devait assurer la direction politique de la gravité des menaces et permettre la décision d’une attaque préventive tout en fournissant les moyens de la mener à bien. L’aviation fut de même un élément notable dans la défense d’Israël, autant du à la vulnérabilité du territoire face à une aviation arabes pouvant atteindre très rapidement les villes et structures militaires israélienne qu’à la rapidité avec laquelle la force aérienne pouvait être mise en œuvre. Weizmann devait ainsi affirmer, après la Guerre des 6 Jours, « l’altitude et le ciel, voilà notre profondeur stratégique ».[11]

[1] Yael Dayan, Lieutenant au Sinai

[2] “The historical experience of isolation is bolstered by the belief that the Jewish people was preordained to “dwell in loneness” (am levadad yishkon), while historical events are perceived as corroborating the notion that isolation is part of the Jewish predicament.” (Israel’s National Security and the Myth of Exceptionalism, Gil Merom, 1999)

[3] Ce point de vu est illustré par le discours de Sharon en 1967 (alors commandant d’une division de réserve) dans le cadre des débats sur l’entrée en guerre “Any link-up on our part with other powers is a mistake of the first order. Our aim is to make sure that in the coming ten or twenty years or generation or two the Egyptians will not want to fight us. Any link-up on our part with other powers or action against marginal objectives [that is, to be content with attacking Egyptian airfields, conquering the Gaza Strip, and the like] instead of the central objective of destroying the Egyptian army will prove that we are weak. That was the main damage caused by the Sinai Campaign. We could have gone it alone. The fact that we linked up with others showed us up as helpless.” (http://meria.idc.ac.il/journal/2007/issue2/jv11no2a1.html )

[4] “In time of peace there is no need for [allies], and in time of crisis they are useless.” Dayan

[5] “I do not say that no material aid will come from outside, but if thereis any hope for such a help – and this hope does exist – then to thedegree that we demonstrate to the world that we are not dependentsolely on outside help, to that degree such help may be forthcoming.Even God himself helps only those who help themselves.” Levite, p.30

[6] “A defensive war is a luxury that only the quantitatively superior side could enjoy” (Tal, 1977)

[7] Le Sinaï fait figure d’exemple à ce titre, mais on peut aussi citer le territoire syrien de la « poche de Sassa » rendue contre un échange de prisonniers en 1974 (Razoux, p.306)

[8] Begin devait proposer de rendre Gaza en même temps que le Sinaï – cette offre fut refusé par les Egyptiens.

[9] Les dernières opérations militaires israéliennes de la Guerre d’Indépendance (Yoav, Assaf, Loth et Horev) eurent aussi pour objectifs l’extension du territoire d’Israël sur le Néguev. Il fut aussi question de pousser au niveau du Sinaï, en direction d’El Arish et en Cisjordanie. (Encel, p.150-151)

[10] “The IDF doctrine at the strategic level is defensive, while it’s tactics are offensive.” (site des FDI)

[11] Lartéguy, p.116

Read Full Post »