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Archive for the ‘Sociologie’ Category

Utopia in Uniform (pdf)

Zeev Drori, un officier de réserve, parachutiste qui commanda une brigade, est l’auteur d’une référence sur les FDI de la première décade d’Israël et notamment de leur rôle social. The Israël Defense Forces and the foundation of Israël : Utopia in uniform (2005) dresse un tableau très complet de l’activité des FDI au niveau de la contruction du pays israélien et de la nation israélienne à partir de 1948. Israel : The First Decade of Independence (1995), un ouvrage collectif qui repréoduit une série d’articles sur l’activité sociale, politique et économique d’Israël après la Guerre d’Indépendnance propose un article de DRori qui résume les grande idée de son livre. Il s’agit à mon sens d’une référence pour qui cherche à comprendre l’identité des FDI en tant qu’institution militaire.

Ben Gurion fit des FDI l’outil pour bâtir Israël, sur le plan géographique et idéologique. Les FDI assurèrent donc un rôle capital au niveau des deux fonctions primordiales du nouvelle État juif, le peuplement du territoire et l’absorption de l’immigration dans la nouvelle communauté israélienne. Trois atout déterminaient le choix de l’institution militaire: le prestige gagné à la suite de la Guerre d’Indépendance, le fait qu’après la dissolution de la Palmach, l’armée se soit constituée indépendamment des rivalités de partis qui constituent l’essence de la politique israélienne, un budget déjà très important et le volume du personnel cadre et donc la capacité à entreprendre de grands projets au niveau national. Les FDI devaient être le vecteur de la constitution de l’éthique sioniste et au delà de l’immigration, agirent aussi au niveau de la jeunesse. Elle eu aussi un rôle d’éducateur au sens plus classique, sur le modèle de l’armée française à la fin du XIXe siècle, et assurait à Israël que sa population puisse accéder à la modernité sur des plans banals que l’hygiène et l’éducation civique et aussi fondamentaux que l’apprentissage de l’hébreu. En définitive, pour reprendre les mots de Drori, les FDI avait pour tâche de produire le jeune israélien, pionnier et combattant.

Le site des FDI rapporte à ce sujet un discours du CEMA Ashkenazy, prononcé à l’occasion d’une réunion d’officiers supérieur sur une base des FAI.

« An Army of the People » – 23 September 2008

“Despite all of the obstacles, the IDF will remain an army of the people.  A professional army is not an option for us because our skill will deteriorate significantly.  Our goal is to increase the draft quota by combating the draft dodgers, making the most of our enlistees, promoting service among the youth of Israel, and  other activities that encourage the draft rate.  We’re fighting for every enlistee.”

On peut difficilement comprendre ce discours sans avoir conscience de l’importance historique du rôle social des FDI. Le poids de traditions est important et indépendamment de l’évolution géostratégique et des choix organisationnels des FDI, et à l’heure ou l’idée d’une professionnalisation limitée/accrue/avancée est régulièrement mis en avant, il est bon de rappeler qu’il y eu trente ans entre les premières questions sur l’intérêt du service national en France et son abandon en 1996, ce dans une situation stratégique incomparable. Souvent comparé à la Prusse du XVIIIe siècle, une « armée possédant un État », Israël serait avant tout un État construit par l’armée.

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His final salute

Le journaliste en charge des questions de défense du Jerusalem Post fait un retour sur l’action du dernier patron de la Direction Personnel (Ressources Humaines) des FDI, le général Elazar Stern, remplacé à la mi-juillet par le général Avi Zamir. Il s’était fait remarquer en s’attaquant à deux sujets sensibles au niveau du lien armée-nation en Israël, la place de la religion au sein des FDI et l’image des FDI comme celle d’une nation en arme.

Le général Stern avait ainsi suggéré une évolution du programme Hesder qui offre la possibilité aux jeunes gens qui le souhaite de suivrent des études en religion et d’effectuer leur service dans les FDI (l’exemption de service étant l’autre possibilité) suivant une formule 16-24 mois de service – 3 ans d’études contre 3 ans de service en moyenne pour un conscrit classique. Stern comptait favoriser la dilution des recrues au sein d’unité mixte, alors qu’ils actuellement servent dans des unités spécifiques (une compagnie maximum par brigade). De même, face au succès du programme, il souhaitait limiter le nombre de bénéficiaires du programme. Son idée était de favoriser un autre programme, Mechina , qui date de 1988 et destiné à l’origine à préparer les jeunes israéliens à effectuer leur service en proposant sur une année, une étude de l’identité juive et sioniste. Il est particulièrement orienté vers les jeunes religieux qui sortent de leur école pour effectuer leur service et vers les nouveaux immigrants en âge d’être conscrit. La grande différence avec Hesder tient en l’absence d’unités composée de religieux. Le programme Hesder, qui date de 1953, connu un succès croissant, en parallèle avec la montée en puissance des Religieux-Nationaliste, étiquette sociologique qui groupe les individus ayant une conception religieuse de la création et de l’existence de l’Etat d’Israël. [1] Ceux-ci représentent actuellement 12-15% de la population mais près de 30% des officiers et sous-officiers des FDI et 60% des brevetés sous-officiers selon Stuart Cohen (2004). Leur présence est aussi très importante dans les formations d’élites, forces spéciales et brigades d’infanterie légères (NAHAL, Golani) ou parachutiste (35e). La relation du commandement supérieur des FDI aux conscrits est double, la peur de la constitution d’un groupe de pression au sein des forces armée se superposant à la reconnaissance de la qualité du personnel produit par les yeshiva. Soutenu par l’Etat-major, la position de Stern était perçue par les Religieux-nationalistes comme une volonté de brider leur influence au sein des FDI. Effectivement, le pouvoir acquis par les Religieux-nationalistes au sein des FDI depuis le début des années 1990 couplé avec la crise du retrait de Gaza en 2005 pouvait faire douter que la loyauté des FDI resterait quelque soit la situation à l’Etat d’Israël et non au rabbinat et conférait de fait une puissance importante pour un groupe qui se représente comme la nouvelle avant-garde sioniste. Le ministre de la Défense Peretz ne devait pas suivre les propositions du général Stern.

Stern, en tant que responsable de la Direction Ressource Humaines, se trouva aussi au cœur d’une petite crise, au cours de l’été 2007 suite à la révélation par les FDI que la classe de conscrits (1989) qui allait rejoindre les casernes comptait 25% d’exemptés. L’affaire prit en quelques jours l’ampleur d’une crise nationale (« A society under an existential threat will only know how to survive if it respects those who defend it .» déclarait le Ministre de la Défense Barak. Stuart Cohen passa en revue les statistiques des FDI pour conclure à une baudruche.

« Persons in the “incompatibility” category of non-draftees most closely fit the picture of youngsters to whom the old values of military service no longer speak. Over time, their numbers have steadily grown. Whereas in both 1980 and 1990 this category accounted for less than 4 percent of the total of non-draftees, in the 2007 audit that number has risen to 5 percent. »

Néanmoins, l’agitation est témoin d’une véritable inquiétude alors que l’armée, depuis le début des années 1990, embrasse la vision d’une « small, smart army » (Shomron, CEMA 1987-1991) ou l’accent est mis sur la technologie, sur les fonctions combats et renseignement plutôt que sur la logistique, sur la réduction de la réserve ( qui, depuis les années 1990 n’en finit plus d’être malmenée) et sur la privatisation – pour ne pas dire la professionnalisation. Amorcé par la « vision « israélienne de la transformation des FDI (Zahal 2000), cette approche jurait avec une conception identitaire des FDI, l’ « école de la Nation », qui permettait le « ciment sioniste » capable d’intégrer les nouveaux immigrants, de faire cohabiter juifs d’origine éthiopienne, russe et tunisienne, et de fournir à la nation l’endurance nécessaire pour évoluer dans un environnement prédateur. De même, les FDI se conçoivent comme une « armée du peuple », qui, comme la France de 1793, assurait la mobilisation de la nation pour la lutte contre une menace identitaire, à charge égale pour tous. Ces deux images constituent l’identité des FDI et toute entreprise qui vise à transformer le système de réserve – l’armée du peuple et de tout le peuple- ou la conscription nationale – l’école de la nation- engendre un malaise qui se transmet des FDI à la population civile.

[1] Il existe un Parti Religieux-nationaliste, le Mafdal, fondé en 1956 et qui a toujours été très minoritaire.

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